Le grand air, la neige, les chiens, la vitesse : le bonheur!

Après avoir exploré plusieurs pays du Grand Nord pour une parfaite aventure d’hiver, nous avons choisi Inuvik comme notre prochaine destination de voyage. Cette petite ville située dans les territoires du Nord-Ouest du Canada, dont nous n’avions jamais entendu parler, semblait offrir la totalité de ce que nous cherchions – au-dessus de l’Arctique, dans la région des Aurores Boréales, avec la possibilité de faire de la motoneige et surtout de conduire notre propre équipe de chiens. Aller fin mars à Inuvik présentait l’avantage supplémentaire de coïncider avec la migration de troupeaux de rennes. Mon cœur battait la chamade d’excitation!

Jasper, mon chef d'équipe

Beaucoup d’entreprises dans de nombreux pays offrent des traîneaux à chiens, mais très peu vous laissent conduire – ou “musher” – votre propre équipe. Dans certains endroits comme le Groenland, le terrain est difficile avec de la neige dure, congelée et nécessite une certaine expérience des traîneaux. Certaines compagnies sont axées sur le commerce et auront quatre ou cinq clients par traîneau, tournant simplement à un rythme lent autour des immeubles voisins et maximisant l’utilisation du traîneau et des chiens. D’autres n’ont pas d’excellente réputation dans la gestion de leur personnel à quatre pattes.

Comme pour tous les amoureux des animaux, le traitement des chiens était très important pour nous. Et c’est ainsi que nous avons trouvé les Huskies blancs du Arctic Chalet.

Créé par Olav et Judi Falsnes, Arctic Chalet est un petit complexe comprenant plusieurs chalets en bois magnifiquement conçus et décorés, et un chenil d’environ 40 huskies blancs, y compris de nouveaux chiots chaque année.

Bien que le coût de notre voyage ne fut pas des plus bas, le service rendu fut exceptionnel. La plupart des dépenses a très probablement covert le logement, les motoneiges, certains repas, les employés et bien sur les huskies. En effet, chacun de nous avait quatre ou cinq chiens pendant la majorité des 7 jours.
Se rendre à Inuvik a nécéssité des petits sauts d’avion. Un premier vol de San Francisco à Edmonton, puis un vol pour Yellowknife, par Norman Wells et enfin Inuvik. Après avoir été accueillis à l’aéroport par Olav et Judi et avoir rangé nos bagages dans notre chalet, nous étions prêts à rencontrer les chiens et à apprendre à les conduire.

Judi nous a tout d’abord correctement équipés de vrais vêtements arctiques. Nous avions apporté nos vêtements les plus chauds, mais étant donné que ceux-ci sont principalement pour la randonnée dans les Sierra Nevada en Californie, nous avions besoin de couches supplémentaires pour les conditions locales et les -30 degrés Celcius de l’extérieur.

L’équipement arctique fourni par Judi comportait un épais pantalon de neige rembourrée, un anorak Skookum avec capuche doublée de fourrure, des bottes Steger Mukluks incroyablement légeres, chaudes et traditionnellement recouvertes de peau d’orignal, et enfin de confortables mitaines en fourrure de castor. Se préparer était une véritable épreuve en soi – il vallait mieux être sûr que ce soit la dernière chose à faire avant d’aller à l’extérieur, sinon nous risquions de transpirer et de mourir de chaud à l’intérieur ! Munis de lunettes de ski, col roulé et balaclava, nous nous sommes dirigés vers le chenil, impatients d’être formés sur la manipulation de la luge et surtout de rencontrer les chiens.

Bruno faisant connaissance avec son équipe

Les traîneaux étaient simples mais efficaces dans leur fonctionnalité: une ossature légère, pour la plupart d’entre eux en bois, des lignes pour attacher et guider les chiens, un repose-pied, un frein composé de deux pics à glace avec des pointes en métal, et une ancre. L’astuce était de savoir comment et quand s’en servir quand vous êtes tirés à grande vitesse par une équipe de cinq ou six chiens très excités ! Nous avons également appris les trois mots les plus importants pour guider notre équipe : Chi (à droite), Cha (tourner à gauche) et Non (comme: “Non, vous ne pouvez pas jouer avec votre partenaire à côté”, “Non, vous ne pouvez pas vous arrêter pour faire pipi alors que nous sommes en descente”, ou “Non, je ne veux vraiment pas que vous traversiez cette route avec une voiture qui vient à notre rencontre”). La formation et les détails de sécurité nous ont été donnés par Anna-Sofia Johansson, chef-musher de l’ Arctic Chalet.

Pour cette premère occasion, nos chiens étaient déjà équipés de leurs harnais et attachés le long de la ligne de remorqueur, dans leur position respective. Le chenil comptait plusieurs volontaires disponibles pour nous aider à sécuriser les chiens, nous montrant comment les manipuler et surtout protéger les humains comme les chiens. En effet, bien que les chiens soient incroyablement affectueux avec nous, ils ne l’étaient pas forcément entre eux et nous devions faire très attention à toujours les garder séparés jusqu’à ce qu’ils soient accrochés à leurs lignes.

Mon équipe était composée de Jasper, menant Pippa et Jeroon pour les côtés, Ungawa et Umiak à l’arrière. Celle de Bruno était composée de Jazmin et Snowshoes en meneuses, Kamik au milieu, Mukluk et Uhlu pour tirer le traineau.

Nous avons été très impressionnés par la bonne santé des chiens, en grande forme, bien nourris, propres et avec un beau pelage très blanc, étonnamment sympathiques avec leurs nouveaux amis et de toute évidence très intéressés à faire du traineau. Leurs aboiements demandaient notre attention, comme pour nous dire: ”Je veux y aller! Moi, moi, moi! ».

Se préparer pour notre premiere sortie

Et vint le moment magique – le moment où chacun de nous est monté sur son propre traîneau, et a parlé à son équipe de chiens, prêt à libérer la puissance des huskies blancs.

Par chance, j’ étais le traîneau de tête. Avec quatre chiens excités, impatients de démarrer, j’ai dû appuyer de tout mon poids sur le frein pour empêcher le traîneau de décoller. Judi à l’avant et Anna à l’arrière nous accompagnaient en motoneige, ce qui leur donnait souplesse et rapidité pour nous guider en toute sécurité à travers la toundra. Dès que Judi ait donné le signal, j’ai lentement relaché le frein et glissé sur la piste, Bruno et son équipe juste derrière moi

Nous glissions, avec notre propre équipage de chiens! FANTASTIQUE!  

Notre première course traîneau à chien

La piste traversait le lac gelé à proximité du chennil, nous donnant le temps de nous faire une idée du traîneau, savoir comment ralentir les chiens ou les laisser aller et pratiquer nos “Cha”, “Chi” et “Non!”. Au bout du lac, ce fut le début de ce que Judi appellait le “Fun Run”, deux heures d’aventure sur des sentiers balayés par le vent coupant à travers les collines et glissant le long des arbres et des rochers. Négocier certains virages fut quelque peu délicat, les chiens cherchant surtout à prendre la route la plus courte, sans se soucier du traîneau dans leur dos. Ces trâineaux sont  flexibles et indestructibles, même la rencontre avec un arbre plus tard dans le voyage le prouvera!

Judi et Anna furent très attentives à nos progrès, nous guidant et nous donnant des  conseils au fur et à mesure de la sortie. Jasper, mon chien de tête, était tout à son rôle, vérifiant constamment où était Judi (à des fins de sécurité, les chiens sont formés ne pas dépasser devant la motoneige), tirant son équipe en avant et gardant certains membres joueurs comme Uhlu ou Ungawa sur la bonne voie. Les jeunes chiens sont jumelés avec des chiens plus âgés pour apprendre les ficelles du métier (pas jeu de mots) et vous pouvez faire la différence tout en observant leurs comportements. J’étais attentive à l’allure du traîneau, veillant à ne pas heurter le dos  des chiens si ceux-ci devaient s’arrêter brutalement. Comme les chiens sont facilement distraits – un oiseau qui vole, un lapin qui traverse la piste, un pipi d’autres chiens – l’équipe avait tendance à ralentir. Si le traineau est trop rapide et que vous ne regardez pas votre vitesse, vous pouvez vous frapper les dos des chiens et leur faire très mal.

La course de deux heures est rapidement venue à son terme et il était temps de rentrer au chenil. Mais cela nous a donné des frissons et nous avons beaucoup apprécié cette course avec les chiens de traineaux.

La toundra au coucher du soleil

À l’arrivée au chenil, nous avons aidé (ou plutôt les bénévoles nous ont aidés) à débarasser les chiens de leurs liens et à les amener dans leurs quartiers respectifs. Nous avons retiré leur harnais, massé un peu leur dos et leurs pattes et les avons câlinés un peu (beaucoup) pour les remercier de leur travail de l’après-midi. Bruno et moi avions décidé de rester plus longtemps dans les parages et de donner un coup de main pour nourrir les chiens. En raison des températures glaciales, il n’y a pas d’eau disponible, mais de l’eau chaude est fournie matin et soir avec la nourriture sèche. Chaque chien obtient sa propre portion selon leur régime alimentaire et les caractéristiques physiques. Pour empêcher les chiens de sauter sur leurs soigneurs, ils sont tenus de rester assis et attendre quelques secondes avant de pouvoir accéder à leurs repas. Les chiens connaissent l’exercice, et bien qu’ils ne soient pas très patients,  ils se sont tous assez bien comportés, même avec nous. Une partie du travail de routine inclus  également le nettoyage du chenil après le repas, afin que les chiens aient un endroit propre pour dormir.

En direction de notre propre cabine, nous étions sur la lune ! Quelle première journée !

Des chiens sains et heureux, des chalets confortables et chauds, une journée ensoleillée sur la toundra et une course à pleine vitesse avec les chiens – notre première journée à Inuvik était parfaite. Maintenant, nous étions prêts pour notre prochaine aventure: un voyage en traîneau à chiens et nuit en camping…